Pioneer au Tadjikistan

Bilan des Vélos Couchés

Des vélos couchés… késako ?

Aperçu de la bête. Toute belle toute neuve, au début du voyage !

Sans vous refaire l’histoire de ces vélos (que l’on trouve sur wikipédia), vous trouverez sur cette page nos impressions personnelles et nos conclusions.

Modèle choisi pour le voyage

Après avoir pesé les pour et contre des marques existantes sur le marché (facile, il n’y en a pas beaucoup), et des choix des voyageurs nous précédant (Remytdm par exemple), nous avons opté pour des Nazca Pioneer.

Chaise longue avec paysage défilant, que demander de plus ?

L’avantage de ces vélos est la présence de deux roues 26 pouces (standard pour les vélos dans le monde),le cadre en acier (lourd mais solide et facile à réparer en cas de besoin), et le guidon bas (il est possible de prendre aussi un guidon haut, mais nous trouvions cela moins confortable). Des accessoires supplémentaires sont présents en plus de la version de base :

  • pédales automatiques (indispensable pour ne pas perdre les pédales !)
  • rétroviseurs (pour se remaquiller en roulant)
  • appui-têtes (Eglantine risque vraiment de s’endormir en roulant ! 😉
  • portes bagages bas complémentaires (pour les sacoches)
  • coussins en maille respirante

Nous avons commandé nos montures chez Cycles Zen à Angers, et les avons reçu mi-juin 2011 (et oui, 7 semaines de délai entre la commande et la livraison, fabrication sur commande oblige !).


Bilan après 15 000 km

Et bien nous en sommes toujours très content, et malgré toutes les rumeurs que nous avions pu entendre à leur sujet (montée difficile, dur à piloter), nos vélos couchés se sont révélées à la hauteur voir beaucoup mieux que ce que nous imaginions.

Points positifs du vélo couché

  • Le confort absolu

Sur nos sièges baquets recouverts d’une épaisse mousse (nous en reparlerons), avec nos appui tête, et grâce à la position allongée, nous n’avons souffert d’aucun mal pourtant chronique chez le cyclo-randonneur : mal au fesse, mal de dos, problèmes aux poignets, à la nuque, etc.

Notre poids étant réparti sur une surface beaucoup plus étendue qu’une simple selle, il n’y a pas de point de pression sur notre corps (et surtout pas au niveau de l’entre jambe, ce qui rend stérile paraît-il…). Nous n’avons du coup pas besoin de porter des affaires spécifiques au vélo (ex : cuissards, gants).

La suspension arrière est aussi un grand plus pour le confort, sans affecter l’efficacité (voir ci-dessous)

  • Efficacité accrue

Valeryne et Eglantine [merci à Luc pour la photo : avelo.info]

De part notre position, nous sommes beaucoup plus aérodynamique qu’un vélo droit. Nous n’en profitons pas pour aller beaucoup plus vite, mais cela nous fatigue moins d’aller à une vitesse raisonnable. La différence est flagrante en descente, où nous prenons de la vitesse très rapidement, ce qui nous permet de remonter plus haut dans la côte d’en face, et donc de moins nous fatiguer encore une fois.
Sur le plat, nous roulons sans trop d’effort à 25km/h, et sommes, d’après ceux qui ont roulé avec nous, un peu difficile à suivre.
Par temps de grand vent de face, exemple l’après midi dans les pamirs, l’aérodynamisme est très appréciable. A côté de vélos droits, ceux-ci s’arrêtaient presque parfois sous le coup d’une bourrasque, tandis que nous ne la sentions pas plus que cela).

Dans les montées, il n’y a pas de différences notables entre le vélo droit et le vélo couché (malgré les a priori d’à peu près tout le monde) : en vélo couché, il est en effet possible de pousser très fort sur les pédales grâce au dossier : en vélo droit, l’action de pousser sur le pédales provoque un mouvement du corps vers le haut (troisième loi de Newton, loi des actions réciproques), d’où la nécessité de la contrer en se mettant en danseuse (difficile avec le vélo chargé). Pas besoin en vélo couché, le siège faisant naturellement obstacle à cette force.
Une analogie pour illustrer : essayez de pousser un meuble avec les pieds, assis sur la moquette : difficile, ça glisse ! A présent, mettez-vous dos au mur, au sens propre : vous pouvez ainsi pousser aussi fort que vos muscles le permette !

  • Sécurité

Contrairement au vélo droit, aucun membre du corps ne peut se retrouver coincé en cas de chute. En étant au dessus du vélo, si nous tombons alors nous sommes hors du vélo, et n’avons pas les jambes coincées entre le sol et le cadre. Cela aurait été catastrophique pour Eglantine lors de l’accident en Italie. Aucune des chutes que nous avons faites n’a été vraiment violentes, car :

  1. les sacoches touchent en premier et amortissent la chute
  2. une fois les sacoches par terre seulement, nous tombons du vélo : nous sommes alors qu’à une dizaine de centimètre du sol
  3. nous tombons en position assise : les pied et les fesses touchent le sol en premier, tandis que vélo est déjà arrêté par le frottement des sacoches.

Seul cas de figure un peu plus problématique : si les pied restent accrochés aux pédales : c’est alors le poignet qui prend la chute, et là ça fait un peu plus mal ! 最終的に, sans comparaison avec la même chute pied accrochés sur un vélo droit, là le bras cassé est probable (et même sans les pédales auto, hein Nicolas ? ;-)!

Guilhem et Eglantine [merci à Luc pour la photo : avelo.info]

Le reproche commun de la faible hauteur du vélo couché n’est pas pertinent : cela ne serait valable qu’en se trouvant dans l’angle mort d’une voiture tournant, ce qui est aussi dangereux en vélo droit. Cela impacte par contre le confort : il est moins facile de voir par dessus les voitures comme en vélo droit.

Sur la route, les voitures arrivant de derrière s’écartent a priori plus facilement qu’avec un vélo droit, ne sachant pas vraiment à quoi elles ont affaire : c’est un avantage non négligeable ! On ne sait pas si elles klaxonnent plus par contre, ce serait intéressant de comparer !

Du point de vue sécurité passive, le vélo couché est un avantage (jusqu’à preuve du contraire) : que ferait un voleur d’un vélo couché ? A qui le revendre ? Comment être discret avec un engin si peu commun ? Un coup de peinture ne suffit pas à l’anonymiser ! Le vol à la tire est peu probable non plus, à part par un spécialiste du vélo couché chargé, ce qui ne peut-être qu’une farce d’un autre voyageur.
Le vélo couché est donc anti-vol par nature, mais nous ne jouons pas avec le diable et les accrochons la nuit tout de même !

  • Suspension arrière

Comme nous l’avons vu, le vélo couché tire en partie son confort de la suspension arrière. L’utilisation d’une suspension arrière est rendue possible et intéressante du fait de la position couchée encore une fois : l’effort de pédalage étant sur l’axe horizontal, et non vertical comme sur les vélos droits, il n’interfère pas dans le fonctionnement de la suspension : la suspension de “pompe” pas, c’est à dire que l’énergie de pédalage n’est pas dissipée par le ressort, contrairement à un vélo droit.
Outre le confort, la suspension apporte d’autres avantages : le chargement du vélo, solidaire du cadre et non du bras oscillant tenant la roue, ne “subit” pas les aspérités du terrain. Seule la roue arrière se déplace en cas de choc, l’amortisseur absorbant une partie de l’énergie tout en lissant ce qui est transmis au reste du vélo, ce qui réduit considérablement les contraintes sur la jante, le moyeux, les ports bagages et les sacoches entre-autre. Le matériel transporté (ainsi que le voyageur !) est donc protégé des vibrations, et ne subit que des mouvements amples en cas de gros choc. Pour l’appareil photo reflex et les optiques un peu fragiles, cela n’est pas anodin !

Cela augmente aussi la différence entre vélo droit et vélo couché sur une descente pas très régulière : les vélos couchés suspendus peuvent ne pas trop se soucier des aspérités de la route à haute vitesse, alors que cela peut se révéler dangereux pour les vélos droits (chute, ou bris de moyeu, décrochage ou rupture des sacoches, etc.)

  • Mousses de siège

Les mousses qui recouvrent les sièges baquets sont formés d’une sorte de treillis de fils de plastique, ce qui les rend moelleux comme de la mousse sans se remplir d’eau à chaque pluie : il suffit de taper dessus une fois pour faire sortir l’eau qu’ils contiennent ! Nous les utilisons à chaque pause déjeuner et le soir comme siège d’appoint à poser par terre : cela remplace efficacement une toile (pas confortable) ou un petit coussin supplémentaire (à transporter en plus…). Cela paraît un faible avantage, mais imaginez que nous nous asseyons par terre dans des endroits extérieurs (herbe mouillée, sable, fourmilière) au moins 4 fois par jour ! C’est un peu nos fauteuils portables !
Un inconvénient que l’on peut y voir c’est que comme ils sont décrochables, si on les oublie sur le vélo en ville par exemple, on peut se les faire piquer, et là c’est très gênant…

  • Sacoches

Les sacoches sont au nombre de deux, plus le sac à dos par dessus, ce qui fait que nous pouvons nous déplacer avec toutes nos affaires sans faire d’aller retour, comme avec les 6 sacs d’un vélo droit… Encore une petite chose, qui ajoutée aux autres, fait que l’on aime bien nos montures.
Le fait que tout le poids soit sur l’arrière ne nous a jamais posé problème, que ce soit en montée, dans le sable ou autre. Cela peut paraître plus malin d’équilibrer le vélo, mais bon vu que cela ne pose pas de problème, pas de problème alors ! Cela garde de plus la direction légère, et permet que tout soit suspendu avec l’amortisseur.
Les sacoches sont par ailleurs un peu plus hautes que sur un vélo droit, les empêchant de toucher des cailloux sur les bords ou de plonger dans l’eau lors d’une traversée un peu profonde. Un autre avantage lié à la configuration du vélo couché est la possibilité de mettre la poche à eau entre les deux roues, dans une position très basse : le centre de gravité du vélo ne monte pas, améliorant presque la stabilité du vélo !

  • Maniabilité

Pour faire écho à ce que je viens de dire, un petit point sur la maniabilité. Je le met en dernier car je ne sais pas si c’est une caractéristique du vélo couché, mais la manœuvrabilité du vélo chargé dans les pistes de sable est excellente à mon goût. Quelques techniques sont à connaître, mais une fois maîtrisées cela devient presque amusant de rouler dans du sable fin (amusant mais pas reposant). Il semble en effet très difficile de tomber avec le vélo tant qu’on pédale, celui se redressant tout le temps en contre-braquant. Il faut juste forcer assez fort sur les pédales pour garder de la vitesse et tenter d’aller le plus droit possible et ensuite, plus de problème. Qu’en est-il en vélo droit pour les connaisseurs ?

  • Équipement

Les pièces du vélo Nazca Pioneer sont les mêmes qu’un vélo droit traditionnel, avec ses roues de 26 pouces, son cintre de vélo de course, son pédalier et tout. Seule la chaîne est plus longue, et divers accessoires sont spécifiques (tubes dans lesquels la chaîne passe, et qui tiennent le coup après 12000km, roulettes pour faire prendre des angles à la chaîne, biellette de direction (qui n’est d’ailleurs pas un accessoire mais réellement indispensable : elle tiens le coup aussi, heureusement !).
Une des petites roue, sur l’un des vélo, a rendu l’âme dans les pamirs, mais nous l’avons réparée avec un Colson, de la colle et de la pâte durcissante depuis.

Du côté des inconvénients, car il y en a quand même un peu :

  • Ne pas avoir peur de passer pour un martien

Le phénomène de curiosité de la population est rencontrée par tous les voyageurs, mais semble exacerbé par la présence du vélo couché : le sujet de conversation tourne du coup plus souvent autour du vélo que du but du voyage, il faut s’y faire…
Il est impossible de même d’espérer passer inaperçu en ville avec le vélo déchargé pour la visiter incognito, au contraire d’un vélo droit…

  • Prix et disponibilité

Pour un équipement similaire, le vélo couché est légèrement plus cher que son homologue droit, d’environ 30% de plus. Cela s’explique très bien par la rareté de l’objet, fabriqué en petite série et sur commande

  • Stabilité à l’arrêt

Nous avons fait le choix de prendre deux roues de 26 pouces pour être conforme aux standards internationaux, mais cela à un impact gênant sur le vélo : le pédalier se retrouve assez haut, et lors d’arrêts d’urgence, l’équilibre est un peu précaire, et il n’est pas rare de devoir sauter du vélo tombant. Nous sommes à la limite de la taille recommandée pour ce vélo (nous même du faire quelques modifs sur les vélos pour qu’ils soient plus adaptés à nos petites tailles…), cela doit être moins problématique pour les personnes plus grandes.

  • Manipulation du vélo à pied

Lorsqu’il faut pousser le vélo, nous sommes un peu pliés pour attraper le guidon qui est en position basse dans le modèle de vélo couché que nous avons choisi. A force d’entraînement, on trouve un moyen de pousser le vélo par le dossier, mais du coup, ce n’est pas très stable. Cet inconvénient est moins important en montée, puisque du coup, le guidon est plus haut !

Après les Pamirs, et l’invention de la nouvelle manière de pousser pour les situations extrêmes (depuis l’arrière du vélo, voir photo ci-contre), nous pouvons dire que pousser un vélo couché est aussi efficace, si ce n’est plus, qu’un vélo droit (toujours voir photo ;-). C’est peut-être un peu énervant quand la roue avant tourne à cause d’une pierre sur le chemin, mais cela l’est aussi avec les vélos droits que refusent de passer des obstacles à cause du chargement sur la roue avant… Sur ce point, match nul disons !

Voilà pour ce (grand) bilan, qui je l’espère répondra aux interrogations de certains au sujet des vélos, et changera l’idée préconçue répandue principalement par un couple de voyageurs nous précédant… 😉